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A NEWSPAPER BY APARTAMENTO X MARCHESI 1824

Vivre bien, par rituels, avec Mimi Thorisson et Fanny Bauer Grung

Au cours d’une matinée trépidante à Milan, nous avons rencontré l’auteure et blogueuse culinaire Mimi Thorisson et la designer Fanny Bauer Grung pour un chocolat chaud dans la Galleria Vittorio Emanuele II. Ce qui a commencé comme une simple pause s’est transformé en une conversation sur la découverte lente des villes, les rituels pratiqués en public et les petits gestes répétés qui rythment la vie quotidienne. Une discussion sur la valeur de la routine, le sens du goût et la difficulté de renoncer à certains lieux. Tout comme la bonne cuisine et le design, les habitudes dont nous avons parlé s’affinent par la pratique, non par l’improvisation.

Vous avez toutes les deux choisi des villes en Italie — Milan et Turin — comme domicile et base. Comment devient-on partie intégrante du tissu d’une ville ?

Mimi Thorisson : Pour moi, tout commence toujours très tôt dans la journée. J’aime être seule dans la ville avant qu’elle ne se réveille vraiment. Je vais dans un café, je me promène dans un marché, j’observe les légumes, les couleurs et les personnes qui installent leurs étals. Les marchés sont incroyablement importants pour moi — ils me fournissent une palette, visuelle et émotionnelle. J’ai grandi entre les cultures — ma mère est française, mon père vient de Hong Kong — donc je pense avoir appris assez tôt à “lire” les lieux à travers les petits détails. Maintenant, avec mon mari, les enfants et les chiens, ces rituels deviennent partagés. On retourne encore et encore aux mêmes endroits, les gens commencent à vous reconnaître. Avec le temps, on construit une carte mentale, et c’est à ce moment-là qu’une ville commence à se sentir comme la vôtre.

Fanny Bauer Grung : Je suis complètement d’accord. Je pense que le rituel est tout, surtout en Italie. Ce sont les gestes quotidiens qui vous font sentir partie d’un lieu. Pour moi, c’est très concret — déposer les enfants à l’école, puis prendre un café debout avec les autres mamans avant de commencer la journée. On voit les mêmes personnes, on se salue, on connaît le barista, le fleuriste, le serveur. La répétition crée la familiarité. On vous reconnaît, et cette reconnaissance devient une forme d’appartenance.

 

Que signifie l’élégance pour vous dans la vie quotidienne ?

FBG : L’élégance, c’est la cohérence. C’est lorsque les choses ont du sens ensemble — comment vous vivez, comment vous vous déplacez, les choix que vous faites tout au long de la journée. Il ne s’agit pas de décoration ni de démonstration. On sent immédiatement quand quelque chose est en harmonie et quand ce n’est pas le cas. L’élégance est souvent très simple, mais elle exige de l’attention. Il s’agit de prendre des décisions et de s’y tenir, plutôt que de changer constamment de direction.

MT : Je pense que l’élégance est ce qui perdure. Ce n’est pas quelque chose que l’on achète ou applique — c’est quelque chose que l’on entretient. Elle a à voir avec la répétition, avec le soin dans le temps. On la retrouve dans des lieux qui ont résisté, dans des recettes encore préparées de la même manière, dans des rituels respectés. L’élégance permet à la vie d’avancer, sans effacer ce qui a précédé. C’est un équilibre entre mémoire et présent.

FBG : Et je pense que c’est pour cela que l’élégance est apaisante. Elle ne demande pas d’attention. Elle n’a pas besoin de se prouver. Quand quelque chose est élégant, il tient simplement, et cela procure un sentiment de sérénité.